mardi 27 janvier 2009

Bataille d'Azincourt - Guerre de Cent Ans

Autre nom: Agincourt

Date de l'action: 25 octobre 1415.

Localisation: Azincourt est aujourd'hui un hameau de 225 habitants, situé à l'est de la Route Nationale N°28 Hesdin-Fruges-Saint-Omer, à 12 km au Nord de Hesdin. 50°28'N, 02°08'O

Conflit: Guerre de Cent Ans, 1337-1453.


Contexte: Le siège de Harfleur se termina le 18 septembre. Henri V de Lancastre-Plantagenêt, roi d'Angleterre, quitta la ville le 7 octobre, afin de franchir la Somme au gué de Blanchetaque, mais un message erroné lui apprit que l'armée française l'attendait de l'autre côté. Il renonça donc à son projet, et, en pleine retraite, remonta la Somme qu'il franchit le 19 octobre à Yoyenne, puis se dirigea vers Calais pour rembarquer à destination de l'Angleterre. Le 24 octobre, les Anglais campèrent à Maisoncelle. Durant la même nuit, les Français, qui cherchaient depuis longtemps à intercepter Henri V, vinrent se ranger en bataille dans la plaine d'Azincourt.
Les Anglais offrirent alors de rendre Harfleur et toutes les forteresses anglaises sauf Calais, et de payer 100.000 couronnes pourvu que les Français les laissent retraiter vers Calais. Le connétable de France refusa avec hauteur. Mal lui en prit.


Chefs en présence: ♦Les Anglais étaient commandés par leur roi Henri V de Lancastre-Plantagenêt, qui portait le titre de "Roi de France et d'Angleterre", ainsi que par ses deux frères, le duc d'York et Lord Camoys. ♦Le Connétable de France, le Gascon Charles d'Albret, dirigeait les Français. Le Gallois de Fougières, chef des sergents d’armes, ancêtres des Gendarmes d’aujourd’hui, se fit tuer à la tête de ses hommes.



Effectifs engagés: ♦Les chiffres sont fort variables suivant les sources. Les Anglais totalisaient 6.000 hommes, dont 5.000 archers et 1.000 chevaliers et hommes d'armes. ♦Les Français disposaient de 25.000 hommes: 7.000 chevaliers et hommes d'armes montés, 15.000 démontés, ainsi que 3.000 archers et arbalétriers.



Stratégie ou tactique: ♦L'armée française était divisée en trois énormes Corps [appelés batailles] qui se succédaient afin d'utiliser toute leur puissance., car l'exiguïté du terrain ne leur permettait pas de se déployer en largeur. En effet, la plaine d'Azincourt, que traverse la route de Calais, était enserrée entre deux forêts épaisses, celle de Tramecourt [Est] et celle d'Azincourt [Ouest]. Au lieu de prendre position au débouché Nord de ce défilé, le connétable de France entassa ses troupes au plus étroit, sacrifiant ainsi les avantages de leur supériorité numérique. L'ordre de bataille était le suivant:
♥ Corps d'armée d'avant-garde commandé par le connétable: 10.000 chevaliers de haute noblesse et hommes d'armes, tous démontés, ainsi que 1.000 archers et arbalétriers.
♥ Corps d'armée du centre: avec des effectifs similaires à celui de tête, mais comprenant des chevaliers de petite noblesse, et des troupes soldées. Les ducs de Bar et d'Alençon le commandaient.
♥ Corps d'armée d'arrière-garde: 2 ou 3.000 cavaliers et hommes d'armes des communes, commandés par les comtes de Marle, Dammartin et Fauquembergue.
♦Les Anglais étaient disposés en une seule puissante ligne avec le duc d'York à l'aile droite, le roi au centre et Lord Camoys à gauche. Les unités d'archers formaient l'avant des trois Corps d'armée et colmataient les intervalles. En position défensive, suivant leur habitude, ils s'étaient solidement retranchés derrière leurs pieux [acérés et ferrés] pointés vers l'ennemi afin de briser les charges de Cavalerie en éventrant les chevaux. Ayant remarqué que des bandes de pillards se tenaient à bonne distance de ses fourgons à bagages, le roi d'Angleterre se rendit compte qu'ils attendaient que la bataille commençât afin de s'en emparer. Il plaça donc son train de chariots derrière son armée et laissa quelques escouades à sa garde. Cela n'empêcha pas les brigands de mettre les troupes de garde en fuite ou de les tuer, et de s'en emparer. Il perdit ainsi le trésor royal, l'épée et la couronne d'Angleterre.
Ce fut un assaut frontal des Français contre les Anglais en position statique. Puis, contre-attaque des Anglais poursuivant les Français en déroute. Incurie du connétable français qui ne déploya pas ses troupes sur un large front afin d'utiliser toutes ses forces. Les Français étaient si sûrs de gagner qu'ils commirent de graves imprudences. Les chevaliers français, indisciplinés, épuisés après une nuit de marche sous la pluie, et trop lourdement chargés de leur armure et de bagages, s'enfonçaient désespérément dans la plaine détrempée par la pluie et ne pouvaient que difficilement lever leurs armes. Pleins de mépris pour leurs unités d'archers et d'arbalétriers, les nobles chevaliers français ne les laissèrent pas "travailler" l'ennemi avant de se lancer à l'assaut; et ils payèrent cette erreur de leur vie. Les Anglais, au contraire, montrèrent une cohésion et une discipline remarquables. Les très nombreux archers anglais étaient armés de leur excellent arc long emprunté aux Gallois. Le schéma du dispositif et l'état d'esprit français à Azincourt ressemblaient remarquablement à ceux de Crécy, de Poitiers et même d'Aljubarrota [1385]: impossibilité de se déployer à cause de l'étroitesse du front; indiscipline des chevaliers français; mépris de classe pour les fantassins, archers et arbalétriers; sol détrempé par les pluies récentes; dédain pour les armes qui tuent à distance. Face à eux, discipline remarquable des troupes anglo-galloises.
Mais, de toute façon, “la supériorité numérique dans l'engagement n'est que l'un des facteurs qui produisent la victoire.” Les autres facteurs étant, selon le même tacticien l'intrépidité, la persévérance, la surprise, la ruse...



Résumé de l'action: Une partie de la matinée se passa en préparatifs. Les chevaliers, démontés mais lourdement vêtus d'armures, et les chevaux français du 2e et du 3e Corps d'armée, trop chargés, s'enfonçaient lamentablement dans la boue pour prendre leurs positions offensives. Les Anglais renforçaient leurs positions défensives derrière leurs pieux ferrés. Voyant que l'armée française ne parvenait à avancer que très lentement dans la plaine boueuse, le roi d'Angleterre ordonna à ses archers de se porter en avant et de reformer leurs palissades de pieux plus près des Français afin qu'ils soient à portée de leurs flèches. Ils purent ainsi faire pleuvoir un nuage de projectiles sur les chevaliers et hommes d'armes français qui ne possédaient pas d'armes capables de riposter de si loin, et qui avaient dépassé avec dédain leurs propres archers et arbalétriers, méprisés non seulement parce qu'ils n'étaient pas de noble naissance, mais parce qu'ils pouvaient tuer de loin, "comme les lâches". Les nobles chevaliers, cloués dans la boue gluante, étaient si tassés les uns contre les autres, à cause de l'exiguïté du terrain et par le fait que les rangs arrière serraient de trop près, qu'ils ne pouvaient même plus lever les bras pour combattre avec leurs lances trop longues. Le premier rang seul avait pris soin de les raccourcir. Mais, de toute façon, que faire avec des lances contre des arcs gallois de type long et à tir rapide? Incapables de se défendre efficacement ou de se protéger, les chevaliers et hommes d'armes français s'écroulaient par centaines, tués, ou blessés, obstruant plus encore la voie de progression.
Deux unités à cheval, de 500 hommes d'armes français, tentèrent un semblant de manœuvre en attaquant simultanément les ailes anglaises. Pour cela, elles suivirent les lisières des deux bois latéraux. Mais les champs, nouvellement labourés et semés, étaient si boueux qu'une simple escouade de 160 hommes d'armes anglais réussit à refouler les survivants parmi ceux qui avaient eu la ténacité d'arriver jusqu’à eux.
L'avant-garde française fut presque totalement anéantie. De nombreux chevaux de l'avant-garde, pris de panique, s'emballèrent et se jetèrent vers l'arrière sur le deuxième Corps qui suivait avec peine. Les survivants capables de marcher tentèrent aussi de se sauver en refluant. Mais avec des gestes lents dignes des pires cauchemars de fièvre quarte.
Voyant le reste de l'avant-garde refluer, Henry V ordonna à ses 5.000 archers de quitter leurs barricades de pieux, de déposer leurs arcs et de s'armer de haches, d'épées, de masses d'armes, de maillets et de becs-de-faucon, afin de transformer le reflux en déroute irréversible. Avec une immense clameur, ses archers se jetèrent donc dans la boue et dans la mêlée, tuant ou achevant les chevaliers et hommes d'armes collés à la boue épaisse par leur lourde cuirasse. Le massacre fut indescriptible. Voyant les deux premiers Corps en pleine destruction, l'arrière-garde à cheval tourna les talons et s'enfuit, à l'exception des chefs.
Les Anglais commencèrent alors à capturer les seigneurs riches qui pouvaient leur procurer rançon. Mais bientôt l'arrière-garde, sans doute honteuse de sa lâcheté, fit de nouveau demi-tour et revint à l'assaut. Henri V ordonna alors de tuer les prisonniers afin d'éviter qu'ils ne soient libérés par cette contre-attaque. Les chevaliers anglais refusèrent de les tuer, non pas par esprit humanitariste ou par solidarité de classe, mais plus prosaïquement parce qu’ils voyaient s'évanouir tout espoir de grasses rançons. Le roi ordonna à 200 archers d'exécuter son ordre. Ce qu'ils firent, bien que l'arrière-garde française repartit sans leur porter secours. Par leur courage hésitant, les roturiers avaient entraîné la mort de nombreux nobles.
La bataille était close.

Pertes: ♦Les Français eurent environ 6.000 tués et 2.200 prisonniers. ♦Les pertes anglaises: 1.500 tués, dont les deux frères du roi Henri V d'Angleterre, le duc d'York et le comte d'Oxford. Les corps des Anglais tués furent brûlés dans une grange. Le lendemain, l'armée anglaise revint sur le champ de bataille pour achever les blessés, et ne laissa sur le sol que des cadavres nus, dépouillés de leurs armures et de leurs effets personnels.

Conséquence de cette défaite française: L'armée anglaise put continuer sa retraite et atteindre Calais sans danger. Très conscient du danger couru, et sachant que la pluie ne lui donnerait peut-être pas une deuxième chance, Henri V de Lancastre-Plantagenêt s'embarqua pour l'Angleterre, sans chercher à exploiter sa victoire. Par contre, le prestige que l'armée anglaise tira de ce succès fut immense. Elle retrouva jusqu'à l'avènement de Jeanne d'Arc le renom d'invincibilité qu'elle avait perdu depuis quarante ans. Le prestige de la chevalerie française et de la Chevalerie en général fut grandement amoindri. La Noblesse avait été vaincue par quelques milliers de roturiers et de vilains, d'archers du commun, fort méprisés. La moitié de la Noblesse française avait été exterminée.
Henri V, fort surpris de sa propre victoire, essayait de l'expliquer par des causes divines. Il affirma à son prisonnier, le duc d'Orléans "qu'il avait été l'instrument de Dieu qui avait ainsi châtié les Français pour leurs péchés."

1 commentaire:

  1. toujours surprenant qu'une armée malde d'archer puisse ainsi défaire uen armée de puissant chevaliers lourdement armurés et entrainés

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