vendredi 6 février 2009

Siège de Calvi.

Date de l'action: 19 juin - 21 août 1794.

Localisation: Ville située dans l'île de Corse, sur la côte Nord-Ouest. Coordonnées géographiques: 42° 34' de latitude Nord, et 08° 45' de longitude Est.

Conflit: Guerres de la Révolution Française [1793-1804]. Première Coalition, 1793 - 1797.


Contexte: Les Corses étaient, à cette époque comme aujourd'hui, déchirés en deux groupes. Les uns adhéraient à la France républicaine; les autres, menés par Paoli d'une main de fer, croyaient pouvoir obtenir l'indépendance avec l'aide des Anglais.
Les Anglais, mandés par Pascal Paoli pour soutenir son parti indépendantiste, avaient occupé militairement la ville de Bastia. Il leur restait à prendre Calvi, gardée par une très petite garnison française. Dans ce but, la flotte anglaise vint bloquer le port, tandis qu'une armée cernait la ville par la terre. Cependant, les Anglais, qui venaient d'annexer l'île sans difficulté, allaient commettre une erreur irréparable: un Anglais, Elliot, fut nommé Viceroi pour la Corse à la place de Paoli. Cela mit fin à la lune de miel anglo-corse. Se sentant lésé dans ses ambitions personnelles, ce dernier commença à saboter l'image de l'Angleterre dans l'esprit des insulaires. À tel point que l'île se souleva bientôt contre les Anglais. Les décrets du Parlement anglais furent publiquement brûlés dans les villages. Aussi, en septembre 1796, Elliot reçut-t-il l'ordre d'évacuer l'île... et le roi Georges III perdit son petit royaume de beauté qui avait duré 3 ans. Les Corses redevinrent Français et Paoli, craignant des représailles de la part des Corses francophiles qu'il avait tourmentés jusque-là, et, redoutant le couperet républicain, s'exila en 1795 vers cette Angleterre que, paradoxalement, il avait reniée dans son propre pays.

Chefs en présence ♦Français: inconnus. ♦Anglais: lieutenant-général Sir Charles Stuart.

Effectifs engagés ♦Anglais: 2.000 hommes [Anglais], sans compter les équipages de la Royal Navy qui pouvaient fournir des renforts, et surtout les partisans corses de Paoli. ♦Français: 2 ou 300 hommes.

Stratégie ou tactique: La ville était située sur une langue de terre élevée qui formait l'un des plus beaux ports de l'île. Les fortifications étaient solides et fortement tenues par une bonne garnison. Comme les montagnes entre Bastia et Calvi ne laissaient qu'une communication fort difficile, l'escadre anglaise transporta hommes et matériel autour du Cap Corse. Lord Hood couvrait le siège du côté maritime. Nelson dirigeait l'attaque par la mer et Sir John Stuart du côté terrestre avec son allié Paoli. Ce fut là que Nelson perdit un œil, un boulet français ricocha dans le sable et lui coûta la vue. Moore était le second de Stuart. Les Anglais avaient débarqué un Corps de 2.000 hommes.

Résumé de l'action: Seul Calvi restait donc encore entre les mains des Français. Le 19 juin, le débarquement eut lieu dans une baie proche de Calvi appelée Port-Agra. En dépit de Pascal Paoli, tous les citoyens de la ville prêtèrent main-forte à la garnison française qui se préparait à résister. Même les femmes aidèrent nuit et jour à transporter de la terre sur les bastions pour amortir l'impact des bombes et des boulets.
Dès le soir même, les opérations de siège commencèrent par l'occupation de la hauteur appelée Mont-du-Capucin à 5 km seulement des avant-postes français. La réduction de Calvi semblait difficile au premier abord. Des batteries devaient être érigées. Pour cela, des cols de montagne furent militairement occupés, et les marins traînèrent des canons et des mortiers dans ces régions fort abruptes.
Les défenses se composaient essentiellement de deux redoutes-casemates dont les batteries pouvaient croiser leurs feux sur les approches de la ville et rendre le port et les abords très périlleux pour l'escadre anglaise. Les deux redoutes s'appelaient Fort-Mollmochiso et Fort-Mozello. Les premières attaques leur furent consacrées. Le premier ouvrage, le plus faible, subit un incessant pilonnage, puis fut assailli, le 6 juillet, par l'Infanterie anglaise. Les Français, conscients de l'inutilité de résister dans cette ruine, abandonnèrent sa défense.
Les assaillants s'occupèrent alors du Fort-Mozello qui fut écrasé sous une pluie dense de projectiles. Une belle brèche étant devenue praticable, le 18 juillet, sur son côté Ouest, l'Infanterie Légère et les Royal Scots attaquèrent le fort lui-même, tandis que le lieutenant-colonel Wemyss, à la tête du Royal Irish Regiment, avec deux pièces d'artillerie [commandant Lemoine], attaqua les batteries françaises de la gauche et força les tranchées sans avoir à tirer un seul coup, à la baïonnette. Cette attaque eut lieu une heure avant l'aube.
Au bout de 15 jours, presque toutes les maisons de Calvi étaient endommagées par l'une des 3.000 bombes tirées par l'artillerie anglaise. La population et la garnison en étaient réduites à la plus extrême famine. Les gens mangeaient les chevaux, les ânes et les mules. Bientôt la disette fut atroce. La ville, sans cesse battue durant deux mois par 37 pièces de gros calibre, ne montrait que des ruines. Les fortifications offraient partout des brèches effrayantes et tout le monde se demandait pourquoi les Anglais hésitaient encore à s'élancer à l'assaut. D'autant plus que toutes les batteries françaises étaient hors d'état d'être utilisées. La dysenterie épuisait les 260 survivants de la garnison française.
Une sommation fut enfin présentée aux Français. Calvi était devenue impossible à défendre sans la possession des points d'appui. Malgré cela, et à la colère de tous, le gouverneur refusa de capituler et le pilonnage d'artillerie reprit durant deux jours. Le 21, le gouverneur fit enfin battre la chamade pour appeler aux négociations. La garnison reçut les Honneurs de la Guerre et s'embarqua pour Toulon suivie de la plupart des habitants qui ne voulaient pas rester entre les mains des Anglais et surtout de leurs vindicatifs concitoyens corses.

Pertes ♦Inconnues. Sans doute très lourdes du côté de la population calvaise.

Conséquence de cette défaite française: Avec la chute de Calvi, la Corse tout entière était “libérée” de la France comme l'avaient voulu les partisans de Pascal Paoli. Le 21 juin 1794, l'Assemblée Générale corse adopta une nouvelle constitution selon laquelle Georges III, roi d'Angleterre, devenait roi de Corse. Alors que Paoli croyait s'être servi des Anglais pour se libérer des Français, il se rendait compte avec frustration que les Anglais s'étaient servi de lui pour annexer l'île à leur empire: "So Corsica became a portion of our mighty empire" écrivit un historien anglais. Mais pas pour longtemps, car le torchon n'allait pas tarder à brûler entre Paoli, les Anglais et même les partisans du rattachement à la France. Pour l'instant, une forte garnison fut laissée à Calvi et Lord Minto devint vice-roi de l'île de Beauté pour «Sa Majesté Georges III [d'Angleterre], Roi de France, de Grande-Bretagne, d’Irlande et... de Corse.»


Sa Majesté Georges III, “roi de France,
de Grande-Bretagne, d’Irlande” et de Corse. En 1802, il renonça au titre de roi de France. En 1801, il avait établi sa popularité auprès de la population anglaise en s’opposant à l’émancipation des catholiques irlandais, proposée par Pitt.

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